Quel plan d’actions (de la mort) pour vaincre sa peur de parler ?

Cet article a été réalisé dans le cadre de l’événement « Des blogs et des Langues », sur le thème “Comment vaincre sa peur de parler ?”

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Oh le trouillard ! C’est trop la honte ! Pffff n’importe quoi ?! T’es trop nul ! J’ai rien compris ! Tu n’y arriveras jamais ! Tu parles trop mal ! Tu fais plein de fautes. Ton anglais me ferait vomir.

Vous avez déjà été persécuté avec ce genre d’agressions verbales ? Vraiment ?

Alors d’accord je peux comprendre votre peur de parler.

Vous l’aurez compris, cette semaine je veux aborder avec vous un thème qui donne la chair de poule. On va parler peur, citrouille et momie. Non, bon, faut peut-être pas exagérer.

Mais la thématique est la peur de parler. Je veux savoir pourquoi nous avons peur de parler. Et, surtout comment vaincre cette peur. Je vais vous expliquer concrètement comment faire pour la surmonter, mais avant, commençons par le commencement.

Pour tacler le problème, il faut d’abord connaître les origines. Allons identifier nos POURQUOIS. Pourquoi avez-vous, je vais même dire pourquoi avons-nous (je suis dans le cas aussi parfois) peur de parler ?

Voyons cela dès maintenant.

 

1/ Pin ta peur

 

peur de parler

 

Avant de prendre un traitement pour la grippe, le médecin aura diagnostiqué la maladie. Faisons le diagnostique de nos peurs pour ensuite trouver la meilleure solution pour se soigner.

Il s’agit d’abord d’identifier les origines de notre peur.

Alors, pourquoi avons-nous peur ?

Les principales raisons que j’ai rencontrées jusque-là auprès d’un panel d’apprenants sont les suivantes :

 

  • Accent : notre accent français martelé à grands coups de “I don’t underrrrstandd” nous complexe.

 

  • La peur de faire des fautes :  on a toujours peur de ne pas parler correctement, ne pas utiliser la bonne tournure de phrase, ne pas utiliser le bon vocabulaire.

 

  • La moquerie : on craint que les autres se moquent de nous et qu’ils soient à l’affût de la moindre erreur.

 

  • La timidité : vous êtes déjà timide de nature en français alors en langues étrangères, n’en parlons même pas.

 

  • La pudeur : vous n’êtes pas du genre à vous mettre en avant, et vous sentez que si vous vous mettez à parler dans une autre langue, les gens vont penser que vous voulez prendre le devant de la scène

 

  • La peur du jugement : qu’est-ce qu’on va penser de moi ?

 

  • La peur de ne pas parler parfaitement : “je ne voudrais pas écorcher votre jolie langue” (sans mauvais jeu de mots ^^)

 

  • Le manque de confiance en soi : vous n’osez pas, vous n’osez pas !

 

Ce sont les raisons majeures qui empêchent la plupart des gens de délier les langues. Vous devez vous y retrouver, n’est-ce pas ?

C’est bien beau cette liste, mais vous allez me dire, qu’est-ce qu’elle va nous apporter ? On appuie sur les faiblesses, c’est bien, mais où veux-tu en venir ?

Minute papillon, on y arrive.

 

2/ Comprendre sa peur : Ouvre tes chakras !

 

Osez parler

 

Deuxième étape, il s’agit de creuser un peu plus le sujet. Nous allons nous demander POURQUOI nous avons peur, mais pas le pourquoi du point 1.

Le POURQUOI du niveau inférieur, on descend un peu plus dans le tunnel.

On va prendre du recul sur la situation. On va trouver l’essence même du problème.

Personnellement je ne vois qu’une seule origine possible. Vous me direz ce que vous en pensez.

Mais ce point de départ est le déclencheur de tous ces maux : peur du jugement, timidité, accent, peur de faire des fautes…

Vous allez dire que je m’acharne si vous me lisez régulièrement mais vraiment je ne vois pas d’autres choses.

L’école à “oublié” de nous former. Quand je dis “oublié” vous comprendrez l’ironie qui me fait toujours rire un peu jaune.

On a décidé de nous enseigner les langues étrangères, 2 parfois jusqu’à 3, belle initiative. Mais, un facteur essentiel leur a échappé. Apprendre une langue signifie : parler une langue. Et non, savoir conjuguer à toutes les formes, toutes les personnes même dans les formules les moins usitées. On nous a fait croire qu’on était nul parce qu’on n’était pas capable d’écrire par coeur la phonétique de l’anglais ? (Oui oui c’est du vécu) On nous a fait penser qu’on n’aimait pas les langues étrangères à coups de Bescherelles. Quel gâchis, vraiment. J’en suis désolée. C’est dommage de ne pas avoir exploité toutes ces années pour apprendre à PARLER. L’inverse s’est même produit.

Car, en cultivant le culte de l’écrit et du “je ne parle pas en public” on s’est créé notre propre prison. Nous ne sommes pas nuls de nature, rassurez-vous on a seulement été mal préparé.

Un apprenant en anglais, me confiait récemment que de toute façon, c’était résolu pour lui. Il ne voulait pas apprendre à parler mais seulement à écrire. Il se réfugiait dans ses bouquins de grammaire. Apprendre une langue pour ne pas la parler ? J’avoue que je ne comprenais pas bien. Puis en creusant un peu le sujet. Ce dernier m’avoua qu’il avait un accent pourri, donc ce n’était pas la peine. Il avait perdu confiance en lui. Et le pire dans tout ça ! Ce qui me révolte ! Il m’expliqua qu’un jour sa prof d’anglais au lycée lui avait dit “pfff l’accent, pire que Chevallier et Laspalès”. Je comprenais mieux pourquoi le complexe.

Une simple remarque, certainement insignifiante pour cette prof, a déterminé son destin avec les langues. Ces personnes devraient être bâillonnées et enfermées dans une cave. Vraiment. Je ne comprendrai jamais ces profs qui n’ont pas la passion, qui n’essaient pas de nous tirer vers le haut. Ils font tout l’inverse et ont l’air de trouver ça jouissif. Je me décharge un peu. Mais heureusement, il existe de très bons profs qui sauront vous faire aimer la langue. Il faut juste avoir la chance de les rencontrer au bon moment dans votre apprentissage.

Un de mes élèves m’a toujours dit qu’il détestait l’allemand. Il est au collège. Pourquoi à votre avis pense-t-il qu’il n’aime pas l’allemand ? Tous ses camarades et entourage disent “pouah l’allemand, c’est trop dur, c’est moche”.

Avant même d’avoir pris un seul cours d’allemand, il était programmé pour ne pas aimer. Puis, cette année sa prof d’allemand est jeune, dynamique, elle utilise des méthodes d’enseignements interactives et ses élèves adorent. Elle s’investit pour susciter leur intérêt. Et mon élève m’a dit “bon j’adore pas encore l’allemand, mais ça passe mieux”. Grand smile pour moi Smile

Bon  je m’éparpille un peu. Tout ça pour dire que nous sommes programmés par un système pas toujours adapté. Duquel ressort des séquelles encore aujourd’hui.

Alors ce que je vous conseille aujourd’hui c’est de vous décrocher de ses étiquettes qu’on vous a collées. N’attendez pas qu’on vienne vous prendre la main et prenez votre destin en main. Je vais vous aider à créer votre propre système pour réussir.  Débarrassons-nous des fausses croyances et commençons à parler pour de vrai.

Allons désarmer cette peur dès maintenant.

 

3/ Vaincre sa peur à petits pas

 

PETITS PAS POUR PARLER UNE LANGUE

 

Posez-vous les bonnes questions.

 

Votre plus gros risque

Quel est votre plus gros risque de vous lancer ? Un jour vous avez commis une erreur de conjugaison. On vous a jeté au fond d’un puits avec des épluchures de carottes pour seule nourriture ? On vous a jeté des tomates à la figure avec des big bouuuuh !

Improbable n’est-ce pas ?

Alors je vous conseille de peser les bénéfices et les risques. Quel côté de la balance pèsera le plus ?

Dans le pire des cas, on ne va pas vous comprendre et vous demander de répéter, à l’inverse on vous comprendra et vous répondra.

 

Se mettre dans la peau de l’autre

Echangez les rôles. Prenez de la hauteur sur la situation. Imaginez qu’un hollandais vienne vous voir et vous dise : “Bonjour madame, excusez-moi, moi m’appeler Hans, je suis 32 ans, moi perdu, je cherche mon chemin, où sont la gare ?”

Quelle sera votre réaction ? Imaginez, visualisez la situation. Vous allez le pointer du doigt et vous mettre à rire parce qu’il s’est trompé entre le verbe être et avoir, il n’a pas utilisé le bon article ? Franchement je ne crois pas. En tant qu’être humain normalement constitué, on sera plutôt admiratif. On se dira “wow il a osé, il est courageux” et en plus il est fort probable qu’on lui dise qu’il parle bien. On entend pas vraiment les fautes, on se concentre sur le sens global de sa demande.

Utilisez le solex avant la ferrari

Arrêtez de vouloir parler trop vite dès le début. Prenez le temps de construire vos phrases, de réfléchir au vocabulaire. Votre interlocuteur prendra le temps de vous écouter. Il vaut mieux prendre le temps et se faire comprendre, que de vouloir aller trop vite et recevoir en retour : un sourcil froncé accompagné d’un “hein” ?

 

Rangez le fouet

Soyez un peu indulgent avec vous-même. Arrêtez de vouloir être parfait. Passez par toutes les phases d’apprentissage avec patience. Il y aura des erreurs. Il faut les accepter. Elles s’amenuiseront au fil de la formation.  C’est une étape indispensable.

 

Babebibobu

Faites l’enfant. Faites des erreurs. Quand un bébé apprend à parler, il se fiche d’avoir mis le verbe à la bonne forme. Tout ce qui l’importe c’est d’avoir son bibi. Il aura réussi à se faire comprendre. Inspirons-nous de nos petits bouts.

 

Brûlez le Bescherelles

Ne vous concentrez pas sur la grammaire. Votre interlocuteur se fiche si vous avez utilisé du subjonctif ou de l’indicatif. Il vous comprendra et c’est ce qui importe.  Benny Lewis, un blogueur sur les langues étrangères suivi par des millions d’internautes et auteur du best-seller Fluent in 3 months, nous conseille de nous pencher véritablement sur la grammaire, une fois seulement qu’on est capable de parler couramment. Et pas avant.

 

Trouvez un pote

Faites un tandem linguistique. Trouvez quelqu’un qui vous aidera tout au long de votre apprentissage. Il vous soutiendra dans vos efforts.

 

Relativisez

Pensez à pire que vous. Vous êtes en bonne santé en pleine possession de vos capacités mentales. Toutes vos caractéristiques d’être humain sont “normales” et “présentes”. Aucun obstacle en vue. Vous pensez que c’est acquis.

Mais quand on pense à d’autres qui n’ont pas eu la même chance que vous, ayant des problèmes mentaux, des maladies, mais qui ont réussi dans l’apprentissage des langues ou tout autre domaine. On redescend d’un étage. On a plus aucune excuse.

Quand je pense à ces sportifs à qui on a dit qu’ils ne pourraient plus jamais courir de leur vie, je leur tire mon chapeau car pour beaucoup d’entre eux, on les trouve sur les podiums.

Vous connaissez l’histoire du roi bègue, George VI ? Lors de son premier discours il s’est ridiculisé devant la foule, puis grâce à l’aide de son orthophoniste, sa persévérance et la pratique il a réussi à prononcer des discours pour lesquels il a été admirés. Le film Le Discours d’un roi du cinéaste Tom Hooper, favori aux Oscars raconte cet épisode authentique de l’histoire en Grande Bretagne.  Comment le roi George VI lutta pour surmonter son bégaiement ?

Ce sont des exemples inspirants. Si eux sont capables, il n’y a aucune raison pour que je n’y arrive pas.

 

Sortez de votre zone de confort

Vous avez peur mais faites le quand même.

Benny Lewis conseille de parler dès le début. Ça permet de surmonter ses peurs le vite plus possible. D’ailleurs c’est au début qu’on fait le plus d’erreurs. Si on ose parler à ce moment-là, alors on s’habituera, ça ne pourra pas être “pire”. Le plus difficile sera derrière nous. C’est un véritable sentiment de libération de sortir de cette zone d’inconfort.

Des paroles, des paroles, des paroles. Vous allez me dire, c’est bien beau ce que tu nous racontes mais concrètement comment fait-on pour oser ?

C’est ce qu’on va voir tout de suite, sans plus attendre.

 

4/ Plan d’actions : étape par étape

 

VAINCRE SA PEUR DE PARLER

 

Oui c’est vrai, c’est bien beau de dire, il faut faire ci, il faut faire ça. C’est plus facile à dire qu’à faire.  C’est pourquoi je vais vous donner maintenant un plan d’actions pour vaincre vos peurs.

Mais avant, je suis désolée de vous dire que la sentence finale sera quand même de PARLER. Il n’existe pas d’alternative ou de pouvoirs magiques qui peuvent vous éviter cette étape.

Mais rassurez-vous, étonnamment, cette étape vient en dernier dans mon plan d’actions. Nous allons faire des petits pas avant de commencer à courir.

 

  • Parlez-vous à vous-même : ayez l’air d’un fou. Vous dites “tiens je dois rajouter du savon sur ma liste de courses”, faites-le dans votre langue cible. A chaque occasion, c’est à dire plusieurs fois par jour, faites-le. Si vous ne connaissez pas le vocabulaire, notez-le pour le chercher.

 

  • Faites marcher votre imaginaire : sortez un peu du formel, des actions fonctionnelles et chiantes du quotidien. Faites des pauses pour rêver. “Si j’étais un nuage, je ferais…” dans votre langue cible. Non seulement vous améliorez votre langue mais en plus vous décrochez un peu de la réalité. Croyez-moi c’est bénéfique.

 

  • La prochaine étape est de s’enregistrer dans un micro.  Le microphone installé par défaut sur votre smartphone ou sur votre ordinateur. C’est l’étape où on commence à entendre sa voix, à s’habituer.

 

  • Comparez votre prononciation avec des guides. Utilisez FORVO pour vous aider à bien prononcer.

 

  • Parallèlement, vous pouvez écrire à des natifs grâce à l’application HelloTalk. Présentez-vous au moins 50 fois, jusqu’à ce que cette étape soit rapide et naturel. Vous connaissez désormais le vocabulaire de base par coeur. Il vous viendra tout seul quand vous passerez à l’étape de parler.

 

  • Pour avancer davantage dans le process, cette fois vous vous filmerez. Ça permettra de vous habituer à vous même et surtout à vous accepter. C’est vrai que les premières fois, c’est toujours horrible de s’entendre, de se voir. On a l’impression d’avoir une voix inhabituelle.  A force de le faire, vous vous habituerez et le jour J, vous ne serez pas surpris à la vue de votre tronche.

 

  • Publiez cette vidéo. Vous êtes accepté bravo. Maintenant acceptez de montrer votre frimousse.

 

  • On se rapproche dangereusement de l’étape finale. En préparation de votre première conversation, vous pouvez écrire un scripte. Imaginez ce que vous allez dire à votre interlocuteur lors de votre premier échange. Vous allez sous doute, dire bonjour, vous présentez, dire ce que vous faites dans la vie. Pas plus que ce que vous faisiez sur Hello Talk. Préparez votre scripte avec le vocabulaire nécessaire. Gardez-le précieusement. Vous pouvez vous le répéter à vous-même.

 

  • Lancez-vous. C’est le grand jour. Vous allez enfin PARLER pour de vrai. Vous aviez réservé votre créneau avec un natif via la plateforme Italki, qui permet de trouver des partenaires ou prof de langues. Vous pouvez commencer progressivement en réservant un créneau de 30 minutes pour la ou les premières fois. Avec une meilleure confiance en soi au fil des séances, vous pourrez augmenter à 45 minutes, puis 1 heure. Votre scripte en main, la sonnerie de skype retentit. La boule au ventre, les mains moites. C’est parti, votre interlocuteur décroche.

 

Bravo, vous avez passé la barre de pudeur, vous l’avez fait ! Comment s’était ? Maintenant, pratiquez, pratiquez, pratiquez, pratiquez pour être complètement à l’aise. Vous ferez sans doute des fautes mais ce n’est pas grave, vous vous sentirez plus confortable dans la conversation.

 

A vous la parole, que pensez-vous de ce plan d’actions ? L’avez-vous testé ? J’attends avec impatience vos remarques. Partagez avec nous vos pré- et –post impressions

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